Pédophilie : « Avec la honte, j’étais resté bloqué », confie un Concarnois – Le Télégramme



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À l’âge de 8 ans, Yoann Le Mentec était victime d’un viol. Vingt ans après, le jeune Concarnois témoigne et s’investit contre toutes les violences faites aux enfants.

« Ce qu’il faut, c’est arriver à libérer la parole »… Yoann Le Mentec se bat, depuis plusieurs mois, pour aider les enfants à se libérer de ce poids, terrible, des violences dont ils peuvent trop souvent être victimes. Violences physiques, morales, sexuelles, harcèlement, racket… Aucune n’est anodine.

« Oui, j’avais le souvenir de tout. Mais jamais je n’ai parlé. J’ai gardé ce secret enfoui pendant toutes ces années »

Ce jeune Concarnois a mis 18 ans, lui, à libérer cette parole. À dénoncer ce viol, qu’il avait subi, alors qu’il était âgé de seulement 8 ans. Son agresseur : un inconnu, dans un camping de Royan, en Charente-Maritime. « Oui, j’avais le souvenir de tout. Mais jamais je n’ai parlé, raconte Yoann, d’une voix posée. J’ai gardé ce secret enfoui pendant toutes ces années. Avec la honte, j’étais resté bloqué… ».

« Un énorme déclic »

La prise de conscience de Yoann viendra entre 2017 et 2018, après l’affaire Maëlys, elle aussi âgée de 8 ans au moment de sa disparition et dont le corps sera retrouvé six mois plus tard. « Au moment de cette affaire et de l’arrestation de Nordahl Lelandais, j’ai pété les plombs, confie-t-il. Ça a été un énorme déclic ». Il développe alors plusieurs problèmes de santé. Comme si le corps avait besoin d’exprimer cette violence confinée, comprimée depuis des années. Et puis Yoann parle. « Le début de la reconstruction, c’est quand j’ai déposé plainte au commissariat de Concarneau, en 2018, dit-il. L’officier qui m’a reçu a été d’une gentillesse, d’une écoute exemplaires ». Mais comment retrouver cet agresseur, cet inconnu, tant d’années après ? « J’aurais aimé qu’il y ait un procès », reconnaît-il. Mais il n’y croit guère.

S’envoler avec Les Papillons

Depuis, il se sent beaucoup mieux pourtant. Même si ce fantôme pèse sur sa vie. « Ça reste douloureux. Il y a toujours les angoisses, la nuit. Construire une vie de famille est pratiquement impossible. C’est dur. Mais tellement moins que ça ne l’a été… ».

Et puis il y a eu cette association, Les Papillons, créée il y a un an et demi par un capitaine de police, lui aussi violé lorsqu’il était enfant. Son but : libérer cette parole, justement. Comme en écho à la propre expérience de Yoann, à sa propre vie.

Ce militantisme, cet engagement résonnent en lui comme une nouvelle étape, dans sa propre libération. « Si ce que l’association propose aujourd’hui avait existé dans les années 2000, je pense que ma parole se serait libérée bien avant », souligne-t-il. Alors maintenant, tout ce qu’il veut, c’est aider les jeunes victimes à ne plus se sentir seules, comme il le fut, lui, si longtemps…

Pratique

Les personnes souhaitant s’impliquer dans le pays de Concarneau au sein de l’association Les Papillons peuvent contacter Yoann Le Mentec au 07 78 43 42 22. Mail : associationlespapillons29900@gmail.com. Site : www.associationlespapillons.org.


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